Château
CHATEAU DE CHATILLON-SOUS-MAICHE
Le village de Châtillon-sous-Maîche s’est fait un nom dans les annales de la région à cause de son château féodal.
Cette imposante forteresse apparaît dans les textes à partir du XIII ème siècle, mais aucun ne parle de sa construction. Elle y apparaît toujours comme une construction très importante alors que son nom indiquerait un petit Château.
Lorsque l’on voit sa position sur ce pic rocheux surplombant la vallée du Doubs entouré de toutes parts par des précipices (sauf à la porte), on serait tenté de croire ce que suggérait l’abbé LOYE lorsqu’il écrivait que ce site, facile à défendre et surplombant la vallée du Doubs, fut primitivement un retranchement gaulois, successivement occupé par les Romains et les Bourguignons et agrandi par les comtes de la Roche.
Le premier seigneur connu fut Eudes, comte de la Roche, seigneur de Châtillon en 1225. Son fils Vuillaume ou Guillaume fit une reprise de fief en 1264. Son fils Odet ou Oudot est le père de Jean de la Roche, celui qui accorda les franchises aux habitants de Saint Hippolyte en 1298. Ce Jean était comte de la Roche, seigneur de Châtillon, il épousa Marguerite de Neufchâtel, ils eurent quatre enfants dont l’aîné Richard prit le titre de comte de la Roche, il épousa Mahaut de Montfaucon. Le quatrième, Eudes, devint seigneur de Châtillon, il eut deux enfants. Un fils chanoine de Besançon et une fille Marguerite qui apporta en dot la seigneurie de Châtillon à Jacques premier de Vienne. C’est à ce moment là que la seigneurie de Châtillon quitta le comté de la Roche et la Franche Montagne à laquelle elle était associée.
Au gré des mariages, décès, remariages Châtillon changea souvent de seigneurs. Vers 1515 la seigneurie est terre domaniale de Charles-Quint et des souverains d’Espagne. Au XVII ème siècle, Philippe IV, roi d’Espagne manquant d’argent l’aurait gagée en 1644 puis cédée en 1647, au duc de Lorraine. A la Révolution la seigneurie appartient à Madame la comtesse de Marsan, gouvernante des enfants de France.
La seigneurie de Châtillon comprenait les villages de Châtillon, Chaux, Neuvier, Courcelles, Froidevaux, Péseux, Solemont, Bief, Valoreille, Fleurey, et Vauclusotte, tous les habitants étaient retrahants au château (c’est-à-dire qu’en cas de guerre, de danger, ils avaient le droit de se réfugier au château avec leurs biens et leurs animaux).
Le seigneur de Châtillon avait encore des sujets dans le comté de Montbéliard, à Mandeure, Pierrefontaine les Blamont et dans quinze villages de la Comté de Bourgogne.
Située à la frontière septentrionale de la Franche Comté, proche de l’évêché de Bâle, de la principauté de Montbéliard et des cantons suisses les habitants des villages ont dû plusieurs fois y trouver refuge. En 1440 lorsque les « écorcheurs » ravageaient la Comté et en 1475 quand un corps d’armée suisse et les troupes du princes-évêque de Bâle, très intéressés par les salines de Soulce, envahirent et annexèrent la Franche Montagne.
En 1480 les troupes de Louis XI s’emparèrent de Châtillon, les Bourguignons le reprirent, les Français l’ayant conquis une seconde fois décapitèrent le capitaine du château Chrétien de Digoine.
Pendant la guerre de dix ans, en avril 1639, trois milles cavaliers des troupes de Weimar réunies à Pontarlier et se dirigeant vers l’alsace prirent Saint Hippolyte, les châteaux de Neuchâtel-Urtière et de Franquemont, mais l’ennemi échoua devant ceux de Châtillon-sous-Maîche et de la Roche.
Les châteaux et maisons fortes de Franche-Comté étaient un élément important du système défensif comtois mais nombre d’entre eux étaient délabrés car ils n’abritaient que quelques habitants permanents, le plus souvent des officiers de l’administration castrale, rarement les membres de la famille seigneuriale (les comtes de la Roche, quand ils venaient à Saint Hippolyte, n’ont jamais habité au château de la Roche mais en ville où ils avaient un hôtel). Les châteaux comtois étaient avant tout le refuge des sujets de la seigneurie. Aussi dès le début de la guerre de dix ans, en 1636, tous les retrahants se rassemblèrent dans leurs châteaux.
En plus des réfugiés (de droit si on peut dire), et s’il y avait encore de la place, on accueillait des étrangers qui payaient un loyer au seigneur ou au commandant de la place. Un chanoine de Saint Hippolyte Daniel Denezet déclara : « être sorti du dit Saint Hippolyte avec messieurs les chanoines Gentil et Henriot et s’être retiré dans le château de la roche environ deux ou trois heures avant l’arrivée des assiégeants ; mais comme il y eut faute de logement dans le dit château de la Roche, après y avoir demeuré deux ou trois jours, ils se retirèrent en celui de Châtillon ».
En 1639, la famille Doyen de Saint Hippolyte, réfugié à Châtillon payait cinquante écus par an la location d’appartement, écurie et grenier. Après la guerre un témoin déclare « avoir vu demeurer dans le château de Châtillon la demoiselle veuve de feu Jean Doyen de Saint Hippolyte, avec les siens, ses enfants et toute la famille, jusqu’en l’année 1644, (c’est-à-dire cinq ans après). Le château dans lequel ils devaient loger fort commodément, d’autant qu’ils avaient deux belles chambres joignantes, deux cabinets appelés le quartier Reinach (du nom d’une famille qui donna plusieurs capitaines commandants de ce château).De plus ils avaient aussi la grande écurie du dit château, un soulis (appentis) pour loger leurs bestiaux, leurs grains, et fourrages.
Les monastères et les églises y cachèrent leurs objets précieux et l’abbesse de Beaume-les-Dames lui confia tous les trésors et titres de l’abbaye dès les premiers bruits avant-coureurs de la guerre.
Les retrahants devaient posséder leur propre nourriture, ce qui était de plus en plus difficile, à cause de l’allongement de la guerre, des exactions, des pillages, des incendies, des tueries et ravages aux cultures que causaient les belligérants. Nombreux laissèrent leurs biens au château et partirent chercher leur subsistance à l’extérieur des murailles. Dans les inventaires dressés après la guerre, des meubles, coffres, et d’autres biens se trouvaient encore dans les greniers, en 1648 les propriétaires n’étaient toujours pas venus les reprendre.
Qu’étaient-ils devenus:tués, morts de la peste, de faim ?
Les châteaux donnaient un peu l’image d’une petite ville mais une ville dont la population passait brusquement en quelques heures de quelques habitants à plusieurs centaines de familles.
Ce château ainsi que celui de la Roche ont résisté à toutes les attaques durant la guerre de dix ans et ne furent pas pris.
En 1663, le château était encore en bon état. Un rapport du capitaine du château adressé à « sa Majesté » détaille les quelques réparations et améliorations qu’il serait nécessaire de faire.
Voici quelques renseignements puisés dans ce rapport:le château ne peut être attaqué que par la porte, deux chemins étroits y arrivent, trois petits canons et cent à cent vingt hommes de guerre sont suffisants pour repousser l’ennemi, les retrahants faisant toutes les factions qui sont aisées.
Ce rapport nous renseigne également sur l’importance de l’édifice qui avaient des écuries pour quatre-vingt à cent chevaux et qui pouvait, en construisant des baraques sur la terrasse abriter six cent hommes de pied, en plus de tous les réfugiés et de leurs animaux. Le capitaine prévoit des provisions de bouche pour un blocus de huit mois. Il signale à l’autre bout de la place une fausse porte qui débouche sur un petit sentier par lequel ne peuvent passer que « quelques petits secours » précise-t-il. mais certainement pas un va et vient d’eau suffisant pour abreuver autant d’homme et de chevaux. Le puits qui se trouve sur l’esplanade était sans doute assez profond pour capter l’eau des ruisseaux qui coulent au pied des rochers.
En 1668, Louis XIV attaque la Franche-Comté, ses généraux, ne s’aventurent pas sans une parfaite connaissance du terrain et de l’ennemi. Il envoie un espion remarquable, un peintre méticuleux et artiste, qui se renseigne parfaitement, dresse des plans détaillés et peints des tableaux magnifiques des châteaux de Châtillon, de la Roche, de Neuchâtel-Urtière et de la ville de Saint Hippolyte. Ces tableaux d’un dessin précis ont encore aujourd’hui des couleurs d’une fraîcheur remarquable. Tous sont accompagnés d’une légende précise et détaillée.
La première conquête de la Franche-Comté en 1668, fut très rapide, la province encore exsangue et sous peuplée s’est peu défendue. Le traité d’Aix La Chapelle, qui est signé rapidement, rend la Comté à l’Espagne.
La deuxième conquête, en 1674, fut encore plus courte ; les français prirent la Comté presque sans rencontrer de résistance mais le Château était toujours aux mains des francs-comtois.
En 1675, Louis XIV ordonna la destruction du château, trois ans avant le traité de Nimègue qui rattachait définitivement la Franche-Comté à la France.
Compléments d’informations concernant le château, sur le site Internet de l’ASCAP Spéléologie: